Comme toujours, la relecture d'une histoire comme celle-ci fait débat. On peut évidemment entendre certains des arguments récusant la terminologie de déportation, et prendre en compte différentes relativisations. Citons par exemple, celles apportées par le rapport IGAS (Rapport IGAS) de 2002 commandé par Elisabeth Guigou, au regard des réalités tant économiques que culturelles de l'époque et de ce pouvaient être les standards de la protection de l'enfance de l'époque. De ce point de vue, la norme en matière de respect du lien familial, d'attention à la parole des enfants, de conditions de vie proposées...était en métropole comme à la Réunion, bien loin de ce que l'on jugerait acceptable aujourd'hui.

Pour autant, il parait difficile d'accepter une des conclusions de ce rapport qui dit"au total, sur la base de l’étude de nombreux documents et d’un échantillon de 145 dossiers ainsi que de témoignages, la mission n’est pas conduite à dresser un bilan négatif de la politique de « migration de pupilles ». Car cela résulte d'une vision institutionnelle qui donne une place insuffisante aux réalités vécues et aux témoignages nombreux des personnes concernées sur ce qu'elles ont eu à vivre du fait de cette politique. Le rapport est sur de nombreux points bien indulgent et bien prudent dans son appréciation globale. L'addition de raisons et d'explications entendables ne change pas le fait que - quelles que soient les raisons de bonne ou de mauvaise foi évoquées - cela n'était pas un traitement digne. Car qui pourrait le juger acceptable pour lui ou un de ses proches ? hier ou aujourd'hui ?

Au delà des polémiques et des commentaires détestables qu'on peut lire en certains endroits sur la démarche, on peut retenir le commentaire d'un député creusois lors des débats qui résume, me semble-t-il très bien les raisons pour lesquelles cet acte symbolique est juste. Ces enfants ont été exilés, déracinés, parce qu’ils étaient issus d’une famille nombreuse pauvre ou parce qu’ils étaient orphelins, parce que la terre où ils voulaient grandir connaissait des difficultés économiques, parce que le chômage et l’ignorance leur étaient promis, parce que la tension politique était très forte sur l’île. L’idée a germé d’envoyer des enfants vers d’autres terres de la métropole, à la démographie certes plus faible, mais à l’avenir tout aussi incertain. Des promesses ont été faites, des engagements ont été pris mais ni les promesses ni les engagements n’auront été tenus.

Contrairement à ce que semblent penser certains, on ne se diminue pas en reconnaissant simplement une réalité de ce type.


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