Son enquête met plus particulièrement,en évidence un certain nombre de dimensions quotidiennes, souvent occultées de ce qui se vit dans les institutions. Son propos est particulièrement original et important quand elle réhabilite ce qu'elle appelle "l'éthique des subalternes" confrontée à des rapports de travail et à des conditions éprouvantes, aux dimensions occultées du travail quotidien (la merde, la libido, le racisme...), aux effets de la spécialisation à outrance.

Elle permet ainsi de percevoir en profondeur les limites de la seule définition de bonnes pratiques, presque toujours établies et diffusées du haut vers le bas, indépendamment des conditions réelles d'un exercice dans lequel l'essentiel est dit-elle d'arriver à construire un "sens de l'humanité commune".

Son propos, inspiré d'une réflexion éthique et féministe sur le care comme philosophie politique (que je me garderai de résumer) est précieux pour qui s'intéresse au réel de la vie dans les institutions. Il rappelle surtout que ce qui s'y passe ne dépend pas d'un modèle ou d'une martingale organisationnelle qu'il s'agirait de trouver mais d'une inscription patiente et à renouveler en permanence d'un vivre ensemble.

Petit extrait : "de la répétition éreintante doit pourtant émerger la singularité des sujets, arrachée à la pesanteur des besoins ou des pathologies, avec l'institutionnalisation des temps, des rythmes que ceux ci impliquent. Tout glisse vers l'abandon à la routine, vers le "pissez donc dans votre couche", rien n'est plus fragile que le surgissement d'une double présence vieillard- soignante, rien n'est moins naturel que l'expression collective, multiple, d'un vivre ensemble comme processus de création continuée. Le care est un processus dans la durée"(p114)

La réflexion sur les bonnes pratiques, les protocoles et outils du travail est utile. Mais elle peut être dangereuse si elle se fait au prix d'une maltraitance naturalisée des personnes qui au quotidien assument les aspects les plus triviaux de la solidarité "à notre place". Elle peut être problématique, si elle laisse penser que seul le prescrit est important, si elle oublie les mécanismes psychiques puissants qui sont en jeu quand on travaille prés de la mort, de la finitude, de la souffrance. Si on oublie de questionner ce que produisent le fonctionnement de nos organisations prises dans différentes formes de tension.

On ne peut pas produire une qualité de vie et de la bientraitance des personnes accueillies en étant indifférents à l'intelligence et à la réflexivité de ceux qui au quotidien les accompagnent. Le travail de Pascale Molinier aide à le comprendre en profondeur. A ce titre, il est précieux.

P1060984.JPG