Sur la forme, plusieurs éléments peuvent être salués. D'abord la publicité des débats, qui permet de trouver en ligne l'ensemble des interventions qui ont été prévues pour éclairer les experts, classées par thèmes et par catégories d'acteurs. Celles-ci sont riches de savoirs et d'expériences, et elles donnent au sujet la densité qu'il mérite. Ajouté à la journée spéciale que France Culture a consacré au sujet des prisons, cela a donné un moment important de débat collectif particulièrement si l'on accepte l'idée que la manière dont une société traite cette question est centrale à de nombreux titres.

Ensuite, la contribution qui a été demandée à un certain nombre de détenus a permis que soit entendu un point de vue trop facilement ignoré, même si celui-ci n'est pas unanime sur nombre de points. Le point de vue des victimes a également été sollicité, et donné lieu à des positions contrastées : une récusation (publiée sur le site) d'une personne dont les deux parents ont été tués dans d'atroces conditions - un témoignage profond et touchant d'une mère co-fondatrice de l’Association « Aide aux parents d’enfants victimes » qui a témoigné d'une expérience de justice réparatrice fondée sur la confrontation avec des détenus. Dans tous les cas, permettre l'expression de cette diversité des points de vue sur le sujet apporte de la profondeur et de la dignité dans un domaine au sein duquel la pensée régresse souvent face à l'anathème et la passion.

Sur le fond, traiter sérieusement le sujet suppose ainsi de lutter :
- contre la tentation de tout ramener à la question des crimes et de la grande criminalité (dont sexuelle) alors que la question majoritaire concerne nombre d'autres formes de délinquance concernant majoritairement les populations pauvres ;
- contre la rage de punir qu'on entend souvent dans ce domaine et l'idée que plus de peine serait forcément la solution, comme si cette logique ne marquait aujourd'hui toutes ses limites (surpopulation pénale, désespoir et sentiment d'injustice croissant, sentiment d'insécurité qui continue à croitre alors même que le temps moyen d'incarcération a presque doublé depuis 82...passant de 5 à 10 mois, etc.) ; comme si également les pays n'ayant aucune retenue dans ce domaine garantissaient un meilleur niveau de sécurité et une diminution de la violence subie ;
- contre la tendance facile à disqualifier au nom de l'angélisme tous ceux qui veulent penser la question, alors même qu'ils sont souvent ceux qui connaissent et se confrontent aux réalités que cela recouvre.

Cela posé, les pentes à remonter pour que la prévention de la récidive progresse sont multiples :
- segmentation des politiques publiques faisant des personnes sous main de justice un public particulièrement ségrégué
- faiblesse des conditions faites aux associations qui se préoccupent du public sous main de justice
- écart entre les besoins et les moyens de suivi que tous les intervenants (dont les détenus eux mêmes) n'ont cessé de rappeler
- amplification de la crise sociale...fragilisant les solutions de réinsertion...

Alors, on peut évidemment douter de la capacité de ce type d'outil (issu du monde médical) à infléchir significativement les politiques publiques dans un contexte sociétal qui s'est durci sur ces questions...et dans un contexte financier qui limite singulièrement les marges de manœuvre. Il reste qu'on ne peut que se réjouir de ce moment structuré d'intelligence collective...qui tranche singulièrement avec les rapports, outrances, simplifications de la période précédente qui était bien loin du pragmatisme revendiqué par les tenants de la "ligne dure".

La recommandation finale issue de la conférence. Texte final

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